Il a été "sauvageon" puis "racaille", le voici consacré "mineur délinquant". Il a entre 13 et 17 ans et demi, remplit les quartiers spécialisés des maisons d'arrêt, les centres éducatifs renforcés, les centres éducatifs fermés, les centres de placement immédiat et toute sorte de foyers de jour et de nuit. Les responsable de ces établissements le connaissent si bien qu'ils dressent sans effort son portrait robot. Il est plutôt sec, plutôt grand, plutôt métissé, un peu vouté et généralement imberbe. Il porte des joggings, se déplace rarement seul, parle fort, occupe les médias depuis des années. Il inquiète les passants, fait peur, parfois beaucoup et parfois à juste titre.
Il aime le fric, les portables, les bagnoles, le rap, les centres commerciaux, le RER, Skyrock, sa cité, le whisky, le shit, les potes et sa mère.
Il ne parle jamais de filles, d'amour, de religion, de son père.
Il souhaite que ses jeunes frères ne fassent pas les même conneries que lui, affirme que si sa soeur porte des minijupes, il lui foutra une raclée, pense que l'avenir est d'être marié, d'avoir des enfants, un boulot, une maison mais qu'il n'y arrivera pas.
Il connait la mort pour l'avoir vu de près, n'a pas conscience de faire partie des vivants, du moins de ceux qui en valent la peine, croit à la fatalité et à une forme d'honneur.
Il déteste les stages qu'il effectue pour ne pas retourner en prison, ne supporte pas d'être malade parce que cela lui fait peur. Il n'aime pas les faux-semblants, les flics, les psys et l'école (il a rarement dépassé la cinquième générale !). Il est cyclothymique, aime qu'on s'interesse à lui, ne donne sa confiance qu'à très peu de gens et peut être reconnaissant.
Sous ses airs, il est fragile, pleure plus qu'on ne le croit (surtout quand il réalise le mal qu'il fait à sa mère).
Il est père très tôt, s'en sort grâce à une rencontre qui le fait changer, sait très bien ce que cela veut dire d'avoir 18 ans, c'est à dire de devenir juridiquement majeur. Un mineur délinquant n'est pas automatiquement un adulte délinquant.
(Télérama, N° 2815)